Dimitri

18 décembre 2008

Comme à son habitude, Dimitri quitta le travail un peu après 18 heures. Comme à son habitude, il longea les immeubles gris jusqu’à l’arrêt du tram 5. Comme d’habitude, il dut l’attendre moins de deux minutes.

Ce qui était totalement différent aujourd’hui, c’est que Dimitri ne ressentait pas son humeur morose et résignée. Bien au contraire, il était tout gonflé d’excitation mêlée de joie claire. Il était impatient de raconter l’événement à Jacques. Depuis le temps qu’il l’attendait! Ce n’était pas faute d’avoir essayer d’attirer son attention par une bienveillance qu’il pensait suffisamment marquée pour qu’elle se distingue d’une déférence banale de vendeur. Mais c’était compliqué avec elle, elle n’achetait jamais rien. Elle se contentait de déambuler entre les rayons de tournevis, de clous et autres équerres à niveau, prenant parfois dans la main un quelconque disque pour machine à poncer, demandant à l’occasion où se trouvaient les perceuses.

Et c’est qu’elle venait rarement dans ce magasin, trop rarement pour que Dimitri puisse imaginer exister en continu dans sa mémoire. A chaque fois, c’était bien lui qui l’accostait pour lui demander si elle avait besoin d’un conseil, mais à chaque fois, c’était un vendeur différent à ses yeux à elle. C’était pourtant bien la même personne pour Dimitri, la même grâce vivante, la même légèreté à parcourir l’espace, la même sublime courbe de son corps parfait et surtout la même petite robe bleue à fleurs qui lui allait si bien.

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