LE CAGEOT

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme. A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques, – sur le sort duquel il convient toutefois de ne pas s’appesantir longuement.

Francis Ponge, Le Parti pris des choses

Boris Vian

29 mai 2009

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau
Mais ça m’est égal
Ca m’est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j’aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois
Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J’aurais toujours un peu d’air
Un petit filet de vie
Dans l’oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties
Et même, et même
S’ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j’aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
Où s’attarde un peu de sang
Je l’aime, je l’aime
La planche usée de mon lit
La paillasse et le châlit
La poussière de soleil
J’aime le judas qui s’ouvre
Les hommes qui sont entrés
Qui s’avancent, qui m’emmènent
Retrouver la vie du monde
Et retrouver la couleur
J’aime ces deux longs montants
Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C’est ma fête et je suis fier
Je l’aime, je l’aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh, je l’aime pour de bon
Il suffit que j’aime
Un petit brin d’herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d’oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez, mon cœur

 

PS: Merci PetiteConne :-)

Reminiscences

27 mai 2009

Etre ange

c’est étrange

dit l’ange

Etre âne

c’est étrâne

dit l’âne

Cela ne veut rien dire

dit l’ange en haussant les ailes

Pourtant

si étrange veut dire quelque chose

étrâne est plus étrange qu’étrange

dit l’âne

Etrange est

dit l’ange en tapant des pieds

Etranger vous-même

dit l’âne

Et il s’envole.

Jacques Prévert

Multiplicité

25 mai 2009

Je possède 7 vérsions d’une même chanson et par le même artiste et elles sont toutes différentes. Il n’y a qu’Eels qui peut faire ça. Et la chanson, c’est My Beloved Monster.

Je possède également 4 chansons qui s’appellent “One” mais qui n’ont strictement rien à voir les unes avec les autres. Saurez-vous trouvez qui sont les 4 artistes?

PS: Je n’ai pas compté Uno de Muse… ;-)

Aimer c’est toujours n’aimer que soi-même.

Avec une certaine pointe de honte, mais à défaut d’autre chose, je vais partir de la définition du Wikitionnaire: L’amour est un sentiment envers un être ou une chose qui pousse les personnes qui le ressentent à adopter un comportement, plus ou moins rationnel, les entraînant principalement à rechercher une proximité pouvant être tendre, physique, passionnée, intellectuelle, spirituelle, voire imaginaire, vis-à-vis de l’objet de cet amour.

Le point central, crucial de cette définition c’est les entraînant principalement à rechercher une proximité.

De manière idéaliste, on a tendance à associer l’Amour à l’agapè (que l’on pourrait définir par altruisme). C’est-à-dire un amour sans soi. La beauté ultime de l’Amour serait de vouloir le bonheur de l’autre à tout prix, c’est-à-dire indépendamment de soi-même. Or, nous constatons au quotidien que lorsque nous aimons, nous aspirons à être aimé en retour, à partager la vie de l’autre et à être la source de son bonheur. Pourquoi cela? Parce que l’altruisme n’existe pas. Seul l’égoïsme guide nos choix. Ainsi, ce n’est jamais l’autre que l’on aime, mais soi à travers l’autre. D’où la pertinence de la définition du Wikitionnaire: la recherche, le besoin de proximité. Lorsque j’aime, je ne veux pas le bonheur de l’autre à tout prix. Je veux son bonheur avec moi.

Nous sommes des êtres imparfaits, avec une balance probablement négative entre les défauts et les qualités. Si nous avions la possibilité d’un réel altruisme, nous ne proposerions à personne notre compagnie! Et pourtant, nous somme constamment à la recherche d’une pauvre âme qui va s’accommoder de nos propres défauts. Et le vice est poussé à son apogée par l’idée répandue qu’aimer c’est aimer les défauts de l’autre. Non! On tolère les défauts de l’autre car nous avons besoin de lui. C’est simplement un moindre mal. C’est un accord tacite commun qui dit: je te tolère car j’ai besoin de toi. J’ai besoin de ton regard aimant sur moi, j’ai besoin de pouvoir m’aimer à travers toi.

Ainsi, pour moi, l’Amour n’existe pas (ou alors excessivement rarement, donné à des êtres exceptionnels). Seul existe la pulsion narcissique du besoin de l’autre.

Ce n’est pas grave en fait. C’est comme ça. Il suffit juste d’en être conscient et d’en tirer les conséquences pour le vivre au mieux.

Improbable

20 mai 2009

mais tellement drôle:

Un père arrache l’oeil de son fils avec les dents
Après avoir agressé son enfant de 4 ans, l’homme, visiblement sous l’emprise de la drogue, est sorti dans le jardin pour tenter de se couper la jambe avec une hache.

Le Village

18 mai 2009

Quand le jour eu repris ses droits, le brouillard vous avait fait comme une enveloppe blanche et laiteuse tout autour de vous. Votre regard devait accomplir un effort démesuré pour distinguer quoique ce soit au delà d’une longueur de bras. Aimé avait pris la parole en premier.

  • C’est pas le bon jour pour y aller. Ça veut mal se passer si on s’obstine à partir aujourd’hui.
  • Tu nous refais ton craintif, l’Aimé ? T’inquiète donc pas, ça veut aller tiptop. On sera prudent. On avancera doucement. Et puis, il y a nos lanternes, la connaissance du terrain et le Jacques qui est là-bas comme chez lui.

C’est Pasche, le président du village, qui avait d’abord lancé cette idée et qui la défendait maintenant. Il savait que le brouillard s’était installé pour longtemps et qu’il ne fallait plus tarder. Il savait que le brouillard venait s’ajouter à tout le reste comme la confirmation d’une malédiction.

  • Et puis, on peut plus attendre, avait ajouté Amodruz.
  • C’est vrai ça, et si le brouillard ne se levait plus ?
  • C’est maintenant ou jamais.
  • J’la sens pas cette histoire, avait dit Aimé. J’la sens pas.

Aimé était respecté dans cette région montagneuse, parce qu’il avait réussi à devenir vieux, mais il était parfois trop prudent aux yeux des autres. Et puis, le temps pressait. La peur se niche en vous comme un puissant moteur. Pour certains, cela vous force à choisir le statu quo, pour d’autre, cela vous oblige à affronter l’inconnu. Elle est souvent mauvaise conseillère maintenant que l’homme n’a plus de prédateurs directs, hormis lui-même, et qu’en dehors de situations extrêmes, l’environnement ne nécessite plus de réactions rapides dictées par celle-ci. Or, le village était justement dans une situation extrême.

  • Tu sais bien que le temps est contre nous, qu’il nous faut agir vite, sinon…
  • Et bien votons alors, avait conclut Aimé en espérant avoir convaincu l’assemblée.

Ils votèrent à main levée.

  • Qui vote pour reporter le départ?

La main d’Aimé se leva, puis celle de Pont, et plus aucune autre main ne bougea.

  • Qui vote pour?

Amodruz, Le Théo, Belet et Crisinel avaient levé la main. Et bien sûr Pache.

  • Alors c’est décidé, on part aujourd’hui. A neuf heure sur la place du village.
  • Ca va prendre d’autant plus de temps de rencontrer la bonne personne, puisque je suis encore fou amoureux de toi et que ce sentiment va vivre en moi  encore longtemps…
  • La femme de ma vie? Je l’ai déjà rencontrée…
  • Le problème, c’est que c’est avec toi que je veux fonder cette famille, S., avec toi.
  • (Passe un bon week-end) Je t’aime.

Je ne sais pas si j’ai fait le bon choix. Mais de toute façon, c’est trop tard…

Bref, je vais aller voir les Pink Martini en concert.

Et dans la foulée, j’ai aussi acheté un billet pour Diana Krall.