Reveil
5 mars 2009
Blanc.
Tout est blanc. Trop blanc. Les yeux me font mal. Je recommence à exister par la douleur de la lumière. Et petit à petit tout mon corps reprend vie. Je sais que je vis, car j’ai mal. Pourtant, l’environnement trop clair qui m’entoure me donne l’impression de flotter dans un éther peut-être de transition vers un quelconque au-delà. Mais j’ai mal, très mal, et je ne pense pas que l’on puisse avoir mal quand on est mort. Je ferme les yeux pour éviter la lumière et pour voir en moi. Je crois que je suis couché. Il me semble avoir quelque chose dans les narines et sur les bras. Tout mon corps me fait mal, mais le lieu le plus douloureux se situe dans le bas du dos. Vue, proprioception et maintenant ouïe. Il me semble percevoir un son plutôt électronique et régulier. Rien pour l’instant me permet clairement de le penser, mais les indices que j’ai à disposition me donne l’impression d’être dans un lit d’hôpital. Le blanc, la douleur, la position couchée et surtout, l’accident que j’ai probablement eu à cause de mes larmes. Léa! Léa me revient soudainement en mémoire, comme un douleur de plus à ce corps meurtri. Je suis peut-être tout de même en direction de la fin. Interdit d’aimer, serais-je interdit de vivre?
Prolégomènes
22 février 2009
“Je ne veux pas que tu m’aimes.”
Elle m’avait dit: je ne veux pas que tu m’aimes! Elle m’avait dit: je ne ressens plus rien pour toi, pour nous. Elle m’avait dit ça sur un ton calme. C’était effrayant à quel point cela revêtait pour elle un sentiment de certitude. Cela ne laissait la place à aucune argumentation. Aucun de ces moments d’intense passion ne pouvait être amené dans la discussion pour tenter, autant que faire se peut, d’infléchir la décision de Léa.
Je pris acte, repoussa du bout des doigts ma tasse de café encore chaude, à peine bue, et partis. Une fois la porte de l’appartement franchie, ma vue se troubla, embuée par l’eau saline de mes larmes naissantes. Afin d’éviter de croiser qui ce soit dans cet immeuble tant aimé, parce que son immeuble, je descendis les escaliers de pierres, vestiges d’un XIXe siècle à l’esthétisme raffiné. Je caressais du plat de la main la rambarde en bois pour la dernière fois, comme pour lui dire: Adieux, je t’aime.
Dehors, le printemps reprenait tranquillement ses droits. Les oiseaux chantaient, le vent frais du matin n’était déjà plus ce courant qui vous transperce jusqu’aux os, mais une agréable caresse, promesse de jours meilleurs. Le soleil venait déposer sur votre joue, sur votre main, une agréable sensation de chaleur. Mais à ce moment là, tout entier dans ma douleur, le corps parcourus de spasmes, de nausées, je n’en percevais rien. Je plongeai dans ma voiture, éteignis l’autoradio qui voulait me faire écouter Love Is All, l’inconscient, et tentais de me reprendre un peu avant de pouvoir démarrer sans risques, tant les larmes m’empêchaient de conduire en toute sécurité.
Je finis par démarrer, conscient d’une rechute imminente. Et, en longeant le petit parc près de chez elle où nous avions l’habitude d’aller manger un croissant en buvant un café dominical sur un des ces bancs de bois peints en vert, ça n’a pas manqué. L’horizon s’est soustrait à mon regard, un choc violent et puis plus rien.