Des débuts d’histoires…

Il est seul à une table. Encore. Il observe les passants sans les voir vraiment. Et puis, il tourne la tête et croise le regard d’une autre solitude. Il y croise une angoisse. La sienne. Oh! pas tout à fait la même, mais pas tout à fait une autre. Il y voit un support à son manque. Il comprend que son propre regard offre la même promesse. Non pas de ne plus avoir peur. Non. Mais d’avoir peur à deux. Pas comme dans ces autres relations où chacun a peur dans son coin. Non. Une peur partagée, répartie. Donc diminuée.

Il lui sourit. Elle baisse les yeux.

Il s’assied à côté d’elle et pendant un long moment, ils ne disent rien. Mais cette absence de mots n’a aucune pesanteur, à peine une existence. Peut-être plus tard.

Voilà. Elle commence à parler. Tout doucement, à peine audible. Et lentement. Très lentement. Les mots se frayent péniblement un chemin jusqu’à Julien. La conversation se noue et bientôt prend toute la place. S’approprie l’espace et le temps.  La nuit se referme petit-à-petit sur la terrasse du café. Elle enveloppe ces deux corps tendus l’un vers l’autre. Forme une bulle qui les protège des autres. Ils ne sont plus seuls.

Il y a comme quelque chose de fort qui naît entre eux. Une petite sensation quelque part nichée au fond de leur être. Ils ne le savent même pas encore. Disons qu’ils ne savent pas encore que cela sera si fort. Surtout Missa qui n’a jamais vraiment été aimée . Et surtout Julien, à qui on n’a jamais appris à aimer. Mais qui peut se vanter d’avoir vraiment aimé? Moi pas.